Le Fil Rouge de la Nuit

Les lumières scintillantes des bâtiments donnaient comme chaque soir un spectacle de lumière à M. Chartier. Plutôt petit et assez rondelet, M. Chartier, la soixantaine bien avancée, aimait comme chaque soir, se poser sur son balcon et observer la vue du 5ème étage. Et comme chaque soir, il observait la vie nocturne lyonnaise qui battait son plein. Entre les demoiselles qui se pavanaient, habillées de manière élégante et les hommes sans scrupules au regard hautain, M. Chartier n’aimait décidément pas vraiment cette jeunesse plus insolente et plus dynamique. Seul, ce petit garçon au coin de la rue, distribuant les journaux du soir, lui paraissait honnête. Aucune arrogance et beaucoup de courage, c’était sans doute ça qui lui plaisait le plus.

Les nuits étaient fraîches et M. Chartier se décida à rentrer, il commença ce livre “La Rose dans la bibliothèque”, un best-seller d’après ses amis du club de Bridge et s’installa confortablement. Un Chesterfield, un thé et la cheminée qui flamboyait encore lui rappelait pourquoi il avait tant voyagé au cours de sa longue carrière. Ses oreilles, usées par le temps, ne lui firent pas entendre le bruit du verre qui se fissura dans sa salle à manger. C’était décidément vraiment facile pour Meredith de voler ce tableau. Elle n’avait même pas à attendre que Charles Chartier s’endorme. Elle avait reçu de bonnes informations. Il fallait faire vite, décrocher le tableau, le remplacer par un simili et fuir sans laisser de trace. L’assurance allait payer les frais si M. Chartier déclarait le vol.

Alors qu’elle se préparait à quitter l’appartement, elle entendit un bruit sourd. M. Chartier qui se levait déjà? Ce n’était pas possible, elle avait pris des jours à l’observer auparavant. Elle voulut regarder vers la cheminée, la curiosité était vraiment un vilain défaut.

Pris dans sa lecture, M. Chartier n’entendit pas le bruit sourd du verre, ni ne sentit le souffle chaud de la personne derrière lui. Il tomba pour la dernière fois dans une marre de sang. M. Chartier n’était pas seul, il y avait quelqu’un d’autre dans l’appartement, il ne fallait pas laisser de témoin. Discrètement, il se faufila dans un coin sombre de la pièce et c’est là qu’elle apparut, une femme assez grande et élancée.

Elle vit l’homme mort et sentit la présence d’un autre, et c’est là qu’elle croisa cette ombre et ce sourire, un couteau à la main. Prise de panique, elle courut vers la fenêtre pour s’enfuir. Pourquoi M. Chartier avait-il été assassiné? Quel était cet homme au sourire carnassier? Plein de questions étaient sans réponses et lorsqu’elle revint enfin chez elle, elle ne put s’empêcher de tout noter sur un carnet après avoir vérifié que personne ne la suivait. Cet homme allait sûrement vouloir la retrouver, il fallait qu’elle enquête, qu’elle sache pourquoi M. Chartier avait été tué.

L’homme en noir, calme, se déplaça lentement dans le salon après le départ de cette voleuse, il remarqua le tableau démonté et la fausse toile. C’était donc une voleuse assez douée, un sourire sadique aux lèvres, il prit alors un petit carnet passe-partout et nota:
“Objectif supplémentaire : Femme, voleuse, à éliminer le plus vite possible”

Puis, calmement, il se tourna, rangea son carnet et s’en alla laissant M. Chartier gisant sur le sol et une petite rose en crochet.